"il apparaît clairement que la masse des connaissances qu il fallait accumuler et digérer pour prétendre rendre la justice au XIème siècle en particulier, était considérable et d un emploi pour le moins délicat. Etait-ce à la portée des seigneurs justiciers responsables, avant tout des guerriers et souvent illettrés ? Il ne faut même pas y penser ; aussi, comprend-on aisément qu ils aient délégué cette charge à des spécialistes, les juges ! Ces experts deviennent donc les seconds personnages de l état dans la hiérarchie administrative sinon féodale. Ayant acquis leur savoir par l enseignement oral et la pratique venant de leurs parents, ils le transmettront de même à leur descendance ; d où ces familles de juges pour ne pas dire dynasties. Il y en aura plusieurs dans chacun des deux grands pôles urbains de la Provence, Avignon et Arles ; donc attachées à leurs comtes respectifs. Eléments d une institution très vivace au moins depuis le VIIIème siècle en Provence, étaient-elles complémentaires ? Spécialisées en certaines matières ou régions ? On ne le sait pas. Mais au XIème siècle, cette institution paraît s essouffler un peu et ne se concentre plus que sur trois familles principales d après les données des cartulaires :
- sur Avignon : la famille du juge Bérenger Ier (v.962-1002) époux de Gerberge de Nice et leurs deux fils juges aussi, Adalelme époux de Bellielde de Marseille et Aldebert dont un fils et un petit-fils serontsuccessivement évêques de Fréjus. La suite paraît s achever avec le juge Bérenger II fils d Adalelme époux de Garsende de Vence et qui deviendra vicomte d Avignon .
- la famille du juge Rainard (altéré en " Renard ") et de son fils Dodon, seigneurs de Châteaurenard et de Châteauvert. Foulques-Dodon (1030-1096) fils de Dodon, sera juge à Fréjus. C est le fils de celui-ci, le moine Bertrand, qui est présent à La Penne lors de la transaction de 1100 (cf. supra).
- sur Arles : - la famille du juge Lambert-Annon avec un seul fils juge, Lambert (v.1017) dont les enfants et petits-enfants se souderont à la descendance de Augier Ier prince de Riez par mariages. Un autre fils, Amic Ier est déjà connu comme " prince-comte de Vence " ; quant à sa s ur Garsende, elle devient l épouse du juge Bérenger II précédent. Les deux familles de magistrats complètent donc ici leur alliance."
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